École Montevrain, 2017, AAVP architectes, Vincent Parreira 1 / 13
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École Montevrain, 2017, AAVP architectes, Vincent Parreira

MON

Microcosmes

Commune rassemblant presque 10 000 habitants dans le secteur 3 de Marne-la-Vallée, Montévrain gravite autour de Mickey et du parc Disneyland Paris, suivant une orbite définie par le cercle parfait tracé par la route départementale 344. Profitant à la fois de la proximité du parc d’attractions et du centre commercial de Val d’Europe, le quartier que sert le groupe scolaire Louis de Vion connaît une croissance spectaculaire malgré son éloignement du coeur de la commune. Aucun des immeubles logements qui bordent l’établissement n’était construit lorsque débutèrent les études.

L’école est un endroit particulièrement important pour le jeune enfant : un lieu d’apprentissage, mais aussi de socialisation, une deuxième maison où il doit se sentir en sécurité, s’approprier un univers et entamer sa découverte de l’autonomie. Pour le quartier, l’école est certes un équipement, mais aussi une présence familière, rassurante, un lien discret avec la République, un creuset. Louis de Vion rassemble 500 élèves en maternelle et primaire, intègre un centre de loisirs qui l’ouvre vers l’extérieur, conformément à une logique de partage et d’optimisation de locaux restants inoccupés pendant les longues périodes des vacances, week-ends ou soirées. Au XXIe siècle, ils restent encore dans les métropoles des portions de territoires vierges en cours d’urbanisation. Le site choisit pour la construction du l’école était encore, au moment du concours, une parcelle vide bordée de vastes emprises agricoles, la fameuse caricature que l’on pensait révolue des «champs de betteraves» qui virent surgir villes nouvelles et cité de logements lors des trente glorieuses. Dans un contexte aux contours encore flous, le bâtiment prend position, s’organise jusqu’à former une ville miniature, un hameau scolaire. Il s’implante le long d’une venelle piétonne, en formant un front bâti continu, mais fragmenté en plusieurs volumes, donnant accès à différentes parties du programme : l’école primaire, le centre de loisirs, logement du gardien. Le morcellement répond aussi à l’exigence du PLU imposant de s’aligner le long de l’arc très tendu, suivant une courbure homothétique à la D344. La voie, dit-on, tracerait un bout de l’oreille de Mickey. Sur sa partie école primaire, le bâtiment garde des transparences, ménageant des vues vers la cour et la ville, et un parking inclus dans le programme, traité de façon à s’intégrer le mieux possible à l’ensemble. Une noue et un aménagement paysager assurent une transition douce entre l’aire de jeux des élèves et le stationnement. A l’inverse de ce parti d’ouverture, l’école maternelle s’organise autour d’un patio définissant un univers stable, se refermant délibérément sur lui-même pour oublier la ville alentour. Le centre d’activité et les réfectoires forment une grande charnière transversale entre ces deux âges de la scolarité.

Si l’architecture scolaire a pu être codifiée au temps de Jules Ferry ou, plus près de nous, à travers l’industrialisation de «modèles» diffusés par les ministères, elle ne suit désormais plus de règle fixe, connaissant une ère d’éclectisme moderne. S’appuyant sur le contraste entre de grandes surfaces lisses de béton blanc et des volumes en bois grisé texturé suivant un motif en losange en relief, l’écriture architecturale de Louis de Vion a pu dérouter, de même que ses rares ouvertures vers l’extérieur, se résumant souvent à des moucharabiehs percés dans les parois béton reprenant ce même motif de losange. Identifiables à leurs voûtes, les halls d’entrée des deux écoles ne ressemblent pas aux entrées solennelles des temples de l’éducation. Ils évoquent plus les habitations troglodytes, le vernaculaire, en deux mots l’ailleurs, la possibilité d’une île grecque ou d’une évasion scolaire. L’intérieur du bâtiment privilégie, pour les salles, les parois brutes, une proximité avec la matière tempérée par la présence de patio, microcosme à l’intérieur d’un monde plus ample, celui de l’école, ou celui de la ville, que l’on aperçoit à travers les losanges. Filtrée par les moucharabiehs, découpée par les marquises de bois, colorée à travers des grands lanterneaux dans les parties réfectoires, perçant à travers la faille portant la passerelle reliant l’école primaire au centre d’activité, la lumière se fait jeu dans les moindres recoins de l’établissement. Visible depuis les zones en R+1 du groupe scolaire, la toiture reforme une prairie, renouant, d’une certaine manière avec le sol originel. Les émergences techniques sont dissimulées dans les volumes habillés de bois. La même essence de bardage prépatiné a été utilisée sur toutes les parties bois. Lorsque cela était possible, une partie du volume des émergences a été réattribuée aux élèves, comme dans les dortoirs par exemple, ou le doublement de la hauteur sous plafond les confronte à de nouvelles expériences spatiales.

Près de l’entrée des maternelles ou des primaires, un drapeau tricolore affirme avec humour le rôle de ciment républicain que se doit d’avoir toute école publique. Passé la porte, l’enfant s’extrait du cocon familial pour rentrer dans un ailleurs. Loin des imaginaires frelatés vendus à quelques centaines de mètres, il rejoint un univers non standardisé, bruissant de reflet, d’écho, d’étrangetés, de métissages inattendus et télescopages surprenants, un univers portant l’imaginaire sauvage et stimulant de la métropole qui l’entoure. Un apprentissage de la curiosité par l’architecture, une première rencontre avec les mystères du grand monde.

Olivier Namias

Livré en 2016

AMO : Aménagement 77

Bâtiment Passif

Images : Benjamin Battais / Les nouveaux studios

  • Type: Equipement
  • État: Livré
  • Année: 2016
  • Ville: Montévrain
  • Client: Ville de Montévrain
  • Superficie: 5186 m² SP
  • Budget: 11.6M €